LES DEUX POMMIERS
Nul n'aurait su dire comment furent plantées
Deux graines identiques issues d'un vieux pommier.
Etait-ce un don du ciel ou seulement le vent ?
L'unique certitude c'est qu'elles germèrent au printemps.
Au commencement semblables à de frêles brindilles,
Elles prirent bientôt essor pour s'étendre vers les cimes,
Bien modestes, il est vrai, mais les saisons passèrent
Allouant à leurs corps une vigueur plus prospère.
La terre pour les nourrir, usa de ses moyens,
Fortifia leurs racines un peu plus chaque matin.
Le soleil partagea sa lumière sur toutes deux,
D'une même intensité, en mille éclats joyeux.
La pluie comme une mère vint les abreuver,
Les nourrir goutte à goutte, pour qu'elles croissent en santé;
Puis le ciel les combla de sa bénédiction,
Afin que leurs deux cœurs vibrent à l'unisson.
Dotées de ces atouts en tous points similaires,
On crut que leurs chemins s'uniraient comme frères.
Il n'en fut rien; car l'avenir révéla,
Qu'un cœur fut généreux quand l'autre ne l'était pas.
Le premier des pommiers offrit assistance,
Aux myriades d'oiseaux réfugiés en ses branches,
Veillant à leur confort et leur sécurité,
Sans grande propagande, en toute humilité.
Le second ignorait les vertus du bonheur,
Tant de vils défauts enlaidissaient son cœur.
Orgueilleux, dédaigneux, égoïste à la fois,
De l'hospitalité, il ne faisait pas cas.
Irascible et grincheux, à grands bruits il chassait,
Les oiseaux de ses branches pour sa tranquillité,
Refusant tout secours, abolissant les droits
Que nichées peuvent prétendre lorsqu'elles manquent de toit.
Mais l'heure de l'été survint un beau matin,
Faisant mûrir les fruits au moment opportun.
Les uns furent parfumés, sucrés et savoureux,
Les autres d'un goût amer, acides et véreux.
Nanti de ses paniers, le récoltant s'empressa,
De trier son profit en deux distincts tas.
Son constat évident accorda la faveur
Au pommier dont les fruits s'avéraient bien meilleurs.
Cette dissemblance flagrante titilla sa raison,
Et l'homme prit dans l'instant cette grave décision :
« Il ne me sert à rien de conserver ici,
un pommier si malade que ses fruits sont pourris. »
Saisissant une hache, il entreprit aussitôt,
De cogner à la base de l'arbre et de ses maux.
En de nombreuses bûches, son tronc il morcela,
Dans un feu dévorant, tout entier le jeta.
MORALITE
Chacun sait qu'à ses fruits on reconnaît,
La tendresse d'un cœur ou son âpre dureté,
Car les oeuvres toujours, révèlent l'origine,
De la source où l'âme a plongé ses racines.